Marpa – Questions aux autrices

 Questions pour
Claire Le Meil & Brigitte Luciani 

 C’est quoi une Marpa ?

Marpa est l’acronyme pour Maison d’accueil et de résidence pour l’autonomie.  Ce sont des petites structures qui n’ont jamais plus de 23 résidents et qui sont implantées à la campagne. Elles sont gérées par des associations ou le Centre communal d’action sociale. Il y en a près de 200 MARPA en France – mais peu de gens en ont entendu parler, ce qui est quand même dommage. Pour y remédier, nous avons placé notre histoire fictive dans le cadre très réel de la MARPA de Monteaux. Ainsi le lecteur a plein d’informations sur le fonctionnement d’une telle maison… tout en lisant une belle histoire.

Pourquoi avoir choisi de parler des Marpa ? Parce que c’est un sujet d’actualité ou êtes-vous vraiment touchées personnellement par le sujet ?

Brigitte : L’intérêt était dès le début personnel pour moi. Je suis fille unique et mes parents habitent l’Allemagne. Plus ils prennent de l’âge, plus cet éloignement commence à me peser. – Si la SNCF et la DEUTSCHE BUNDESBAHN ont des problèmes financiers, ce n’est certainement pas ma faute ! Avant le confinement, je faisais tout le temps des aller-retours, mon bureau était DANS le train ! Et c’est d’ailleurs pendant un de ces trajets, à bord d’un TGV, que j’ai reçu le coup de fil de bdBOUM (la maison de la BD à Blois), qui m’a proposé d’écrire une BD reportage sur les Marpa.

J’ai tout de suite accepté. Le projet était parfait pour mettre en scène tout mon questionnement sur la longévité : Nous vivons de plus en plus longtemps. C’est formidable, oui, mais qu’en théorie ! Car il ne suffit pas d’ajouter des années à notre vie pour la rendre meilleure…

Avez-vous fait une résidence dans la Marpa de Blois pour vous immerger dans l’ambiance ?

Brigitte : Nous y sommes allées souvent pendant toute l’année 2019. Une nuit , nous avons même dormi dans la chambre de la veilleuse ! C’était une longue phase de recherches, d’interviews et de l’écriture du scénario. Les interviews étaient très importants pour créer des personnages crédibles. Tous les résidents de notre livre sont inventés – on avait bien promis aux vrais résidents qu’ils nous serviraient d’inspiration mais pas de modèles !

 Avez-vous rencontré le personnel soignant et les résidents ?

Claire : Le personnel a pris le temps de nous faire découvrir les rouages de l’établissement, à commencer par les conditions d’hygiène très strictes d’accès à la cuisine. J’ai failli y rentrer sans “ensacher” mes chaussures, panique générale !

Les résidents ont tous été ravis de nous recevoir dans leurs chambres, nous émergions dans leurs vies et dans leurs souvenirs. Ils se sont montrés disponibles et émouvants comme la charmante centenaire qui nous a raconté en souriant comment elle organisait une messe à la MARPA, toute une aventure ! Nous avons rencontré des gens formidable et incroyable ! … comme ce résident, notre Pierre, qui nous a montré fièrement son scooter spécial senior aventureux pour se balader dans le village et faire ses courses avec allure et panache. Et on avait bien souvent un chat dans les pattes…

Est-ce qu’une Marpa c’est comme une maison de retraite ?

Maison de retraite est une notion globale. Sous ce terme vous trouvez les Marpa mais aussi les Ehpad (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). La différence se voit bien dans le nom : si la personne est encore assez autonome, elle peut intégrer une MARPA sinon, si elle est dépendante, c’est l’Ehpad.

Dans notre histoire, une des résidentes commence à souffrir de plus en plus d’Alzheimer et s’égare pour la deuxième fois dans les alentours (c’est un fait avéré qui s’est produit il y a quelques années). Évidemment, c’est la panique. Cette femme peut se retrouver en danger et de ce fait, la Marpa ne peut plus la prendre en charge. C’est super triste évidemment…

L’esprit dans une Marpa est donc un peu comme dans une grande colocation. Chacun y loue un studio qu’il aménage comme il veut. Il y amène donc ses meubles et son chat … et y vit sa vie ! On y vient aussi parce qu’on peut profiter du restaurant, d’un service pour le linge et surtout de l’animation ! Les ateliers, les séances de sport… On y trouve toujours quelqu’un pour entamer une partie de Triomino.

Pourquoi tout ce bleu ?

Claire : C’est notre toute première BD réalisée ensemble, j’ai préféré rester prudente dans l’usage des couleurs. Notre concept consistait à créer des bulles colorées pour des scènes de joie et d’émerveillement et de donner un ton plus neutre pour le quotidien des seniors, le bleu léger et aérien se mariait bien avec le dessin au trait fin.

C’est quoi être un auteur confiné ?

Heureusement la phase des interviews sur place à la Marpa était déjà terminée ! Nous étions donc de toute façon dans la phase je-reste-à-la-maison-et-j’écris/je-dessine. Et heureusement encore : le téléphone existe !! Faute de pouvoir se voir pendant le confinement strict, nous avons beaucoup, beaucoup téléphoné !

Comment avez-vous travaillé ensemble ?

Comme une joyeuse partie de ping-pong : Scénarios de Brigitte, puis roughs de Claire suivis d’échanges par mail et téléphone pour réajuster les crayonnés. Puis souvent des tête-à-tête pour une mise au point des nouvelles planches – et aussi parce qu’on s’aime bien. Un projet comme ça, ça crée une amitié !

Quel est votre parcours ?

Claire :  Diplômée de l’Esag Penninghen en 2010, ma thèse illustrée sur la surdité a beaucoup plu au jury. Je me suis ensuite fait remarquer dans l’édition jeunesse puis dans le secteur du luxe en collaborant avec Hermès ou Le Tanneur un peu par hasard. Mes commandes d’illustrations se sont diversifiées avec le temps jusqu’à ce que je rencontre Brigitte pour réaliser ma première BD. Depuis, on ne se quitte plus !

Brigitte : Je suis allemande et je viens de la littérature. Ce n’est qu’en France que j’ai découvert le monde de la BD et tous ces possibilités. J’étais de plus en plus fascinée par le neuvième art. Et j’ai vu que je pouvais y trouver ma place comme scénariste. Ma première BD est alors sortie en 2006 – et depuis je n’ai pas arrêtée. J’adore travailler ainsi à deux. Cela me transporte.

Quel est votre meilleur souvenir de travail sur cette BD ?

Claire : La sortie au festival de Chaumont Val de Loire sous une chaleur de plomb (41 degrés !) et surtout un parcours initiatique dans les jardins de Chaumont en découvrant des créations paysagères superbes à contempler. Ceci m’a d’ailleurs amené à dessiner tout un éden de verdure dans la BD en m’amusant avec des compostions végétales où les seniors en goguette prennent plaisir à se défouler !

Brigitte : la partie de football avec les résidents ! Nous en parlons dans le livre. Quand le prof de sport arrive à la MARPA… c’est quelque chose ! Les étirements sur la chaise, l’amusement général à bouger dans tous les sens, un animateur très encourageant auprès des dames toutes coquettes, les tire-au-flanc qui font semblant de suivre les exercices. C’est drôle ! Et ça fait un bien fou.